Lieux publics de la psychanalyse                                                                Bernard ROLAND 

 Introduction

Dans le préambule de l’acte de fondation de l’Ecole Française de Psychanalyse, qui deviendra Ecole Freudienne de Paris, en date du 21 juin 1964 .Lacan insiste sur le fait que cette école « C’est l’affaire seulement de ceux qui, psychanalystes ou non, s’intéressent à la psychanalyse en acte. » ce qui l’amène à « interroger s’il n’est pas vrai qu’à notre époque la psychanalyse est partout, les psychanalystes autre part. ».
La présence du psychanalyste peut s’entendre comme présence dans la cure du désir du psychanalyste telle que Lacan l’aborde avec la question du transfert, particulièrement dans le séminaire VIII, Le Transfert, 1960/61.

Cette présence peut aussi s’entendre comme la présence de la psychanalyse et du psychanalyste dans la cité et ses institutions.

Le choix qui a été fait dans le texte Lieux publics de la psychanalyse est de s’intéresser aux lieux créés pour rendre possible une psychanalyse en acte.

Ce texte a été publié dans le numéro 18 des Cahiers pour une école revue de l’Ecole lacanienne de psychanalyse en 2009.

 Les lieux publics de la psychanalyse

L’idée est de s’intéresser à cette furor psychanalytique, en contrepoint de la furor sanandi, qui pousse certains psychanalystes et associations de psychanalystes à aller vers un public qui a priori n’irait pas vers eux, fureur qui comprend une dimension de pari et de risque. Cette fureur concerne les analystes mais aussi leurs analysants, poussés les uns et les autres à franchir de nombreux obstacles, géographiques et politiques comme l’a montré cette circulation entre Vienne, Berlin, Budapest , Londres, New York, dans la première moitié du vingtième siècle …

 Un tel mouvement se retrouve chez certains artistes, écrivains, qui consiste dans une tentative de décloisonnement des cercles socio-culturels, à redonner à l’art sa dimension subversive et partageable, au-delà de la stérilité d’un élitisme de mode étriqué.

 Ce côté militant, volontariste pour le psychanalyste a à voir avec son désir d’analyste. Il ne s’agit pas vraiment du passage de l’ « intension » à l’ « extension », mais plutôt de porter l’ « intension » dans un lieu du social, en dehors du cabinet de l’analyste, ou encore de déplacer d’une certaine façon le cabinet de l’analyste dans un lieu social.

Il ne s’agit pas non plus d’applications de la psychanalyse  mais comme le retient Annie Staricky en citant Jean Oury, « l’institution n’est pas du domaine de la psychanalyse appliquée, elle est le champ de la psychanalyse  ».

 

 De même cette désignation de lieux publics peut  recouvrir un champ trop vaste, nous le limiterons pour cet exposé et de façon un peu arbitraire à des lieux inédits où des psychanalystes prennent le risque d’une offre de psychanalyse à un public vers lequel il faut aller, ce qui peut être une façon de comprendre ces paroles de Freud citant Férenczi : 

 … « L’évolution de notre thérapeutique se fera donc dans le sens que Ferenczi a récemment indiqué : vers « l’activité » du psychanalyste. »…   

 Ce qu’Anna Freud appelait l’élargissement du champ de la psychanalyse, ou Leclaire « L’extension de la psychanalyse », et nous retiendrons des lieux spécifiques liant plus particulièrement la notion d’aide (Freud : aider et faire de la recherche) et celle de la formation du psychanalyste. 

 

Budapest 1918 : «  Les voies nouvelles de la thérapeutique psychanalytique »   (5° congrès de psychanalyse, Budapest 1918).

 Après la gigantesque boucherie que fut le premier conflit mondial, la psychanalyse par la voix de Freud et non sans lyrisme appelle au réveil de la conscience sociale :

« On peut prévoir, d’autre part, qu’un jour la conscience sociale s’éveillera et rappellera à la collectivité que les pauvres ont le même droit à un secours psychique qu’à l’aide chirurgicale qui lui est déjà assurée par la chirurgie salvatrice. La société reconnaîtra aussi que la santé publique n’est pas moins menacée par les névroses que par la tuberculose. Les maladies névrotiques ne doivent pas être abandonnées aux efforts impuissants de charitables particuliers. A ce moment-là on édifiera des établissements, des cliniques ayant à leur tête des médecins psychanalystes qualifiés et où l’on s’efforcera à l’aide de l’analyse, de conserver leur résistance et leur activité à des hommes qui sans cela s’adonneraient à la boisson, à des femmes qui succomberaient sous le poids des frustrations, à des enfants qui n’ont le choix qu’entre la dépravation et la névrose. Ces traitements seront gratuits. Peut-être faudra-t-il longtemps avant que l’Etat reconnaisse l’urgence de ces obligations…Il est probable que les premiers instituts de ce genre seront dus à l’initiative privée, mais il faudra bien qu’un jour ou l’autre la nécessité en soit reconnue…»

« Tout porte à croire que, vu l’application massive de notre thérapeutique, nous serons obligés de mêler à l’or pur de l’analyse une quantité considérable du plomb de la suggestion directe. » 

« Je trouve pour ma part tout à fait naturel d’avoir recours à des méthodes curatives moins difficiles, tant qu’on pourra espérer en tirer quelqu’avantage. C’est là après tout, le seul point à considérer : si le procédé pénible et lent donne de meilleurs résultats que le procédé rapide et facile, c’est le premier qu’il faut, malgré tout, choisir. » 

Freud pose là la question de la psychothérapie, celle du coût et du financement de structures où un public large pourrait accéder.    

 A ce  congrès de Budapest en 1918, l’audience de la psychanalyse due en partie au traitement des névroses de guerre fait naître l’idée de la création de services psychanalytiques destinés au traitement des névroses.  Le contexte politique était favorable et Anton von Freund, riche commerçant proche du milieu analytique se proposait d’en soutenir le financement. 

 

 Nous disposons sur cette question de données historiques plus ou moins connues, le rapport du fonctionnement de l’institut de Berlin traduit et introduit par Fanny Colonomos, celui du fonctionnement de l’Ambulatorium de Vienne, rapport d’Hitschmann, qui a donné lieu à la parution du livre d’une psychanalyste américaine Ann Danto,  et des sources plus éparses comme celles qui ont permis de se faire une idée de l’institut de Budapest : travail de la revue le Coq Héron sur la psychanalyse hongroise, correspondance Freud-Ferenczi…

 Le modèle de l’Institut de Berlin est celui qui a été mis en avant et le plus connu car il a permis à l’IPA de faire de Berlin la référence pour la formation des psychanalystes, référence innovante, mais en même temps inspirée par le modèle hiérarchique de l’Université allemande, qui a fait qualifier par certains le modèle berlinois de « Teuton ».

 En tout cas quelque chose de hiérarchisé et de totalisant, tout au moins dans ce qui en a été retenu, laissant peu de place à cette furor psychanalytique évoquée plus haut et plus

perceptible dans le contexte de la Vienne rouge avec quelqu’un comme Reich ou à Budapest dans le sillage de Férenczi (l’enfant terrible). Lacan et les lacaniens à sa suite pourraient être situés dans ce sillage.

 

Reich comme furioso créatif :

 

 En 1924 Reich (1887-1957) devint le premier assistant d’Hitschmann à l’Ambulatorium pendant huit ans, puis médecin chef du dispensaire psychanalytique. Il avait animé un séminaire de sexologie créé par les étudiants en médecine de 1919 à 1922, il  dirigea ensuite, à partir de 1924 jusqu’en 1930 le séminaire technique, après Hitschmann et Nunberg. Ce séminaire dit de technique psychanalytique eut l’approbation enthousiaste de Freud, il étaitessentiellement formé de jeunes analystes et avait pour objectif de « perfectionner la technique par l’étude systématique de chaque cas ».

 Reich confirme le succès de l’Ambulatorium, il y avait affluence à la clinique, mais en tire la conclusion que la psychanalyse n’est pas une thérapeutique applicable sur une large échelle. Il va déployer une activité intense pour répondre aux problèmes psychiques de la classe laborieuse, notamment l’avortement qui fait de nombreuses victimes. Il multiplie les « consultations d’hygiène sexuelle » dans la « banlieue rouge », il fait ces consultations assisté par quatre psychanalystes, trois gynécologues et un avocat. Il commence également une série de conférences pour les ouvriers des usines de Vienne. 

Il y fait référence à plusieurs reprises dans son livre La fonction de l’orgasme. 

 Son expérience du soin des troubles sexuels, de l’éducation des enfants et des problèmes familiaux, lui servit plus tard dans ses propres efforts pour développer des cliniques gratuites de conseils sexuels.

 Freud qui soutenait l’activité de Reich, s’en éloigne devant sa critique radicale de la famille et de la société, de son côté Reich critique la notion de pulsion de mort. Il est exclu du parti communiste en 1933 et de l’Association Psychanalytique Internationale en 1934.

 

Financement de l’Ambulatorium :

 

 La question de l’argent constitue comme ailleurs le nerf de la question, celui-ci pouvant se situer au plus près d’une pratique privée libérale jusqu’à un fonctionnement plus ou moins totalement dépendant de subventions.

A la policlinique, cependant, le « caractère égalitaire de la psychanalyse lui-même » (Simmel, 1930), faisait que la nature du traitement ne devait jamais être indiquée à partir de la possibilité de payer. Les décisions de traitement étaient seulement basées sur le diagnostic et les besoins des patients et non sur les besoins des élèves en matière d’enseignement. Il ne s’agit pas d’utiliser les pauvres pour se faire la main…

 Le soutien financier direct de Freud pour l’Ambulatorium était donné suivant une formule spécifique : pour un nombre de quatre patients, un cinquième traitement était gratuit. Les analystes pouvaient apporter cette aide de trois façons : en traitant des patients dans leur cabinet privé ou à l’Ambulatorium, ou en donnant pour l’entretien de l’Ambulatorium l’équivalent en liquide d’une cure.

 Freud lui-même semble avoir suivi cette règle du un pour cinq. Grete Bibring qui racontait cela à Robert Steward (1995), possédait elle-même un chèque bancaire de Freud tiré sur son compte et à l’ordre de l’Ambulatorium. Ceci confirme apparemment que Freud cautionnait et même participait à la formule de financement du un pour cinq. Freud a donné à l’Ambulatorium une grande partie des fonds donnés pour commémorer son soixante dixième anniversaire.

L’Ambulatorium était entretenu par des financements privés. Comme son homologue de Berlin, les membres de la société locale de psychanalyse se sont unis pour soutenir la clinique sous la forme d’argent liquide ou sous d’autres formes de donation. Dans son rapport de 1923, Eitingon évoquait le discours de Freud de 1918 pour expliquer que l’initiative privée précèderait le financement public d’une clinique gratuite. De la même manière les membres viennois qui avaient tous promis de participer au travail de la clinique, la soutenait depuis le début. Chaque analyste-membre avait conclu un accord, une promesse initiale, de « prendre en charge un ou plusieurs traitements gratuits ». Comme l’espace de la clinique était limité à trois ou quatre bureaux, plusieurs des analystes plus anciens recevaient les patients de l’Ambulatorium dans leur cabinet privé. Ils faisaient ainsi parce qu’ils ne pouvaient utiliser les lieux que l’après-midi. Comme le racontera plus tard Anna Freud, « nos institutions analytiques pionnières du passé étaient pauvres, et même pour fournir des cas et des salles pour le travail analytique supervisé, les ressources étaient serrées à l’extrême ».

 On voit déjà dans cette façon de fonctionner, que la question du lieu est à la fois un lieu réel, localisé, mais aussi un lieu virtuel, puisque le lieu inédit l’Ambulatorium pouvait être accueilli dans le cabinet privé. Cette remarque concerne également la question de l’école.

Formation des analystes :

 

 Presque tous ceux qui travaillaient à l’Ambulatorium (y compris Bribing, Hoffer et Reich) furent analysés gratuitement (Steward, 1995). Richard Sterba (1982) en parle ainsi :

   « Un soir de 1923, je suis allé à l’Ambulatorium pour demander à devenir analyste. Je fus reçu par un médecin d’un certain âge qui s’appelait Eduard Hitschmann…J’ai commencé mon analyse au début du printemps 1924. Je n’avais alors pas d’argent…Je n’ai rien payé pour mon analyse. Cependant on attendait de moi que plus tard je conduise gratuitement le traitement de quelques patients, ou pour une contribution minime, à l’Ambulatorium. »

Plus tard Reich demanda aux patients non indigents un petit paiement mensuel.

 Les psychanalystes se trouvaient en phase avec la situation du moment, à savoir que comme tous les médecins viennois ils recevaient un certain nombre de leurs patients gratuitement. Ceci était également vrai pour les candidats psychanalystes. Chaque analyste en formation était obligé de former gratuitement deux étudiants. Ce fut le cas de Richard Sterba, de Bettelheim, de Marianne Kris, Edward Bribing, Willy Hoffer, Wilhem Reich…

 Trois ans après la création de l’Institut de Formation, l’Ambulatorium devint le lieu principal pour les cas de contrôle des étudiants.

 Bien que le projet initial marquait une séparation entre l’Institut de Formation et l’Ambulatorium, les deux organisations deviennent pratiquement interdépendantes.

 Néanmoins l’Ambulatorium, comme le retracent les témoignages rassemblés par Elisabeth Ann Dantosemble avoir été un véritable lieu de la transmission de la psychanalyse, occulté par le succès et la renommée de l’Institut de Berlin pour les raisons suggérées plus haut (contexte viennois d’innovations et de résistances à la fois, positions de Freud sur différents plans, personnel, santé, théorique…, absence de mécénat à la différence de Berlin ou de Budapest).

 

 Donc à Vienne un Freud à la fois novateur  et à distance des personnages remuants, Reich, Férenczi, Tausk, Gross… Or les expériences innovantes de la psychanalyse se sont faites à partir de la psychanalyse d’enfants, du traitement des psychoses et de l’institution …

 

La dénomination psychanalyse

 

 Dans une lettre à Freud,  Férenczi parle ainsi de l’autorisation d’ouverture de la policlinique de Budapest :

 « … voilà comment cela s’exprime dans le texte de l’autorisation : La psychanalyse n’étant pas une science autonome mais une partie de la psychologie et de la neuropathologie générales, l’Association doit exprimer ce fait dans l’intitulé de la policlinique en l’appelant simplement Etablissement de consultation pour malades neurologiques et malades souffrant de troubles de l’humeur où, entre autre, on pratique également la psychanalyse. Le nom de la policlinique sera donc quelque chose comme : Consultation de l’Association hongroise de psychanalyse pour malades neurologiques et malades souffrant de troubles de l’humeur. »

  L’année précédente Margit Dubovitz avait ouvert une clinique pour enfants :

« L’association, mi-officielle, en partie subventionnée part le gouvernement, "Ligue pour la protection de l’enfance" m’a invité à organiser dans son cadre un centre de conseil psychanalytique pour enfants et parents. Le point noir de cette invitation, c’est que les adlériens sont également autorisés à y établir une  consultation.

Férenczi soulève là deux points importants : la non reconnaissance de la psychanalyse en tant que discipline autonome et son assimilation comme thérapie parmi d’autres.

Pour ces raisons, j’ai fait le choix de ne retenir comme lieux de la psychanalyse uniquement ceux qui se réclament de cette référence et non les lieux très nombreux qui mettent en avant l’accueil, l’écoute etc… Le fait de ne pas mettre explicitement le signifiant psychanalyse est très souvent expliqué ou justifié par un souhait de ne pas effrayer le public, de mettre en avant une dénomination plus neutre, de ne pas mettre d’emblée les patients dans les débats psychothérapie/psychanalyse, je ne partage pas cette position, je pense que les psychanalystes ont à se faire connaître en tant que tels.

De même pour la formation des analystes il est important de faire passer quelque chose de la formation du psychanalyste dans le public, de faire passer l’idée d’un savoir autre que celui de l’accumulation des connaissances, et de ne pas éviter cette question. Ca aurait aussi l’avantage pour les psychanalystes de chercher à trouver un langage compréhensible pour un public non éclairé mais pas inaccessible.  

 

Freud et la reconnaissance officielle 

 

 En Hongrie après avoir été courtisée la psychanalyse se replie sur la clinique jusqu’aux années 1930, après l’échec de l’éphémère république des Conseils.

Malgré l’enthousiasme de Freud dans cette période de reconnaissance officielle de la psychanalyse, il reste néanmoins prudent :

«  Ce que Toni (Anton von Freund), pense de la situation actuelle de la ψA chez vous semble très sensé. De la retenue : nous ne sommes faits pour aucune espèce d’existence officielle, nous avons besoin de notre indépendance tous azimuts. Peut-être sommes nous aussi fondés à dire : que Dieu nous protège de nos amis. Des ennemis, jusqu’à présent nous sommes venus à bout. Et puis, il y aura un après, où nous devrons de nouveau trouver notre place. Nous sommes et restons libres de toute tendance, sauf une : faire de la recherche et aider. ».

Nous voilà prévenus, la question de l’argent reste une question centrale pour les institutions de la psychanalyse, mécénat à Berlin et Budapest, à Vienne également mais d’une manière moins personnalisée, puis en France la création de la société psychanalytique de Paris grâce au mécénat de Marie Bonaparte.

 A partir de ces quelques points la création et le financement de lieux publics de la psychanalyse, le nouage entre l’aide, le soin et la formation, l’affirmation de la spécificité de la psychanalyse, nous allons pointer quelques moments de ce mouvement des psychanalystes vers un  public élargi, sans prétention à l’exhaustivité mais en privilégiant la création de » lieux inédits », autant réels que virtuels, et les témoignages d’analystes engagés dans ces lieux.

 

Les premiers centres psycho-pédagogiques 

 

Les premiers créés en 1945 - là aussi après le conflit et la destruction, un espace pour la parole-  au Lycée Claude Bernard, avec Georges Maucco, André Berge, Françoise Dolto, Maud Manoni, Anzieu, Lebovici, Lang… «… s’interdisaient tout traitement médical et souhaitaient rester hors de l’emprise des grandes machines que sont les administrations  traditionnelles de l’éducation nationale et de la médecine psychiatrique », d’autres furent créés à Strasbourg avec Lagache et Juliette Favez Boutonnier puis à Avignon et à Tours.

Le ministère de la santé et le corps médical étaient hostiles à la pratique psychanalytique par des non médecins qui pouvaient continuer à travailler « à condition que ne soit pas fait référence à leur qualification analytique » (le psychanalyste innommable en tant que tel).

Des négociations difficiles aboutirent au remboursement de l’acte psycho-pédagogique conçu comme travail collectif d’une équipe.

Il y eu en 1950 un procès intenté à une psychanalyste pour exercice illégal de la médecine, un syndicat national des psychologues psychanalystes non médecins fut créé.

En 1963 les CMPP sont créés avec obligation de placer les centres sous direction médicale.

Les Annexes 32 qui définissent les CMPP mentionnent la psychanalyse mais pas les psychanalystes. Ils seront nombreux à y travailler sous couvert médical (sous l’autorité et la responsabilité des médecins agréés, article 16) dans les années suivantes.

Les CMPP furent pour certains des lieux publics de consultation psychanalytique pour les enfants et leur famille, certains créés à partir du milieu hospitalier et préfigurant les intersecteurs de psychiatrie infanto juvénile et d’autres créés à partir du tissus associatif de la loi de 1901.

Philippe Kuyppers qui a travaillé dans ce qui s’appelait l’Association des CMPP pour le Val de Marne (actuellement l’APSI, association prévention, soin, insertion) témoigne de la richesse du travail et des débats autour de la psychanalyse et pour beaucoup dans cette association dans une référence au séminaire de Lacan. Il parle également des BAPU (bureau d’aide psychologique universitaire, créés en 1956 par la Mutuelle des Etudiants de France) « une institution qui propose aux étudiants d’être reçus par des analystes… ».  Quand à la pratique analytique, dont la place est «  prédominante et essentielle » sa forme exclut le concept de « psychothérapie analytique », « ainsi que les autres pratiques dégradées ». Le déroulement d’une cure en BAPU fait l’objet de débats et de travaux théoriques complexes. Certains analystes soutiennent qu’une analyse ne peut commencer valablement au BAPU. 

D’autres pensent que l’institution BAPU est un obstacle à la finalité de la cure et que toute cure commencée en BAPU va trouver ses limites. On ne peut oublier que certains analystes ont fait une partie de leur cure personnelle en BAPU… » (constat qui rejoint ce qui s’est pratiqué à l’Ambulatorium). 

Sur la psychanalyse dans le CMPP voir aussi le témoignage de Maria Landau dans l’état des lieux de la psychanalyse, voir aussi d’autres CMPP qui ont inscrit la psychanalyse dans leur statuts comme le CMPP de Ville d’Avray etc…

 

Dans les années 1953 Jean Oury achète, de ses deniers, le château de La Borde à Cour Cheverny pour accueillir des marginaux de tous bords  ce qui va amener le mouvement de psychothérapie institutionnelle et un travail sur la notion de collectif.

 Dans ces mêmes années va se créer le secteur du 13° arrondissement qui va déboucher en 1960 sur la circulaire de la sectorisation psychiatrique.

En psychiatrie, dans ces années, la référence à la psychanalyse a été  très forte, l’est encore parfois, les orientations des médecins chefs de service étant déterminantes, avec les limites que cela implique, (cf. Jenny Aubry et l’arrêt de « l’aventure des enfants malades » à son départ à la retraite). Mais c’est une histoire qu’il faudrait plus de temps pour aborder et où la psychanalyse s’inscrit dans des lieux et des objectifs déjà définis dans le social, où le psychanalyste vient s’inscrire dans des lieux variés, services de psychiatrie, de médecine, instituts divers créés et structurés sur  le découpage du symptôme.

Nous parlerons néanmoins du travail de Jenny Aubry aux enfants malades dans la mesure où il fut annoncé comme une consultation  de psychanalyse et dans le fil du travail novateur sur la carence des soins maternels entreprise à la fondation Parent de Rosan.

En 1963, Jenny Aubry crée à l’hôpital des enfants malades, une consultation psychanalytique dans un service de médecine infantile,  la première en France à porter ce nom, dit Elisabeth Roudinesco. Elle y constitue une équipe comprenant deux médecins et 25 psychanalystes, dont ceux ayant participé au travail de Parent de Rosan : « Il s’agissait de faire pénétrer l’analyse, en tant que droit à la parole dans l’institution médicale hautement hiérarchisée de l’assistance publique de Paris, en utilisant justement l’institution, sa hiérarchie et ses absurdités… ». Jenny Aubry à la fin de cet exposé pose la question de savoir si cet exposé avait sa place dans le groupe de travail institution, « puisqu’il visait un changement de l’institution médicale, mais pas une intégration de l’analyse dans l’institution médicale ».

Le débat plutôt vif qui s’ensuit avec Jean Oury donne la mesure de la divergence sur les rapports de la psychanalyse et de l’institution.

Cette aventure prit fin en 1968 avec le départ à la retraite de Jenny Aubry.

La création de ces lieux se fait dans un temps de profond remaniement du mouvement psychanalytique 1963-1968, avec en 1964 la création de l’école Freudienne de Paris, 1967  la proposition sur la passe et… « les évènements » de mai 1968. 

L’école freudienne de Paris, un lieu acquis par des psychanalystes, 69 rue Claude Bernard, dans le 5° arrondissement de Paris, « à la disposition des groupes de travail, séminaires et cartels. Des exposés et des débats y ont lieu périodiquement. La bibliothèque de l’école y est installée ».

 C’est en 1968 qu’a lieu le débat sur la passe, il y a dans l’Ecole freudienne des débats vifs et des groupes se constituent notamment autour de deux personnes : Pierre Fiszlewitch et Robert Lander, « ils sont juifs et athées, parfois apatrides, et toujours marqués par un passé de déviance, d’étrangeté ou de souffrance : les camps, la marginalité, l’exil, la ségrégation, la souffrance ».  En janvier 1969 , trois projets concernant la passe sont proposés à l’Assemblée Générale : le projet de Lacan , projet (A), le projet du groupe Lander, projet (B) soutenu par un analysant de Lacan, Pierre Alien et le projet (C) d’Abdouchelli. On peut se référer à ces projets dans le numéro 2/3 de  Scilicet.

Le projet du groupe Lander présenté par Pierre Alien est soutenu par Francis Hofstein, Radmilla Zygouris, Lucien Mélèse, Robert Lander, Renaude Gosset, Anne Lise Stern, Hugette Friedman-Lauwrence, Joseph Attié, Claude This, Jeanine Mouchonnat, Claude Jeangirard et Pierre Benoit.

Le vote sera favorable au projet de Lacan, la scission qui va donner naissance au quatrième groupe est accomplie.

L’année suivante en 1969 Anne Lise Stern fonde le laboratoire de psychanalyse (Laboratoire= expérience, science…) avec deux analystes du groupe Lander, Pierre Alien et Renaude Gosset, « destiné à des patients peu fortunés, et financé grâce à l’argent versé par l’Allemagne à sa mère en tant que veuve d’un médecin juif lésé par les nazis ». «  A l’unisson avec les utopies concrètes de mai, le Laboratoire allait être un lieu d’exercice d’une psychanalyse non médicale et sans garantie en même temps qu’un lieu de partage de l’argent et du savoir. A l’automne 1969, quand Anne-Lise rejoint Pierre Alien et Renaude Gosset pour la mise en œuvre de ce projet, elle le rend possible en donnant le montant des réparations données à sa mère morte l’année précédente, en dédommagement de la perte du cabinet de son père. Ainsi l’argent des prolétaires de Mannheim initiés à la psychanalyse par Heinrich Stern était-il passé aux prolétaires parisiens. De Mannheim à Paris un même engagement utopique. Le ton du projet est donné par un texte, précisément appelé « Ouverture », qui énonce que « la psychanalyse a dans la science une place unique d’où elle renvoie tout savoir à la réalité de son action  et que dans ce laboratoire,  nul n’y entre sans cause, nul n’y reste sans effet. Le ton est aussi donné pour les destinataires de ce texte, en l’occurrence tout le monde, du haut au bas de la hiérarchie, chacun depuis le chef de service hospitalier et ses assistants jusqu’à l’aide soignante et la femme de ménage. Adressé comme une déclaration d’ouverture de psychanalyse au monde entier… »

La création du Laboratoire concrétise cette recherche d’un lieu pour la psychanalyse chère à certains psychanalystes lacaniens de ces années là. Le quartier de la Bastille, avec ses espaces d’ateliers était particulièrement favorable à des projets collectifs concernant la psychanalyse mais aussi la vie quotidienne. Dans ces années 1968 de remise en cause des modes de vie traditionnels, l’idée était forte de trouver des lieux à habiter autrement et collectivement,  lieux artisanaux ou industriels abandonnés ou désertés. Lieux à habiter autrement dans un esprit de circulation des personnes, des idées, d’asile d’une certaine marginalité, de tels lieux existaient autour et parfois en lien avec le laboratoire. Près du laboratoire il y avait, pendant quelques mois « la Gare du Nord »  rue de Saint Quentin, puis « Le Grenier » passage Dallery et en banlieue « la Villa des Roses » à Ivry,  « la rue des Caves » à Sèvres, « l’Imprimerie Nouvelle » à Aulnay sous Bois…    

Le laboratoire ferma en 1972, le produit de la vente du local fut partagé entre Pierre Alien, Renaude Gosset et Anne-Lise Stern .

Le lieu « X » :

 

En 1984, avec le « Lieu X », a été mise en place par Michel Guibal, Alain-Didier Weill, Pierre Delaunay et Jean-Jacques Moscovitz,  une procédure de passe sans nomination, sans aucun lieu défini officiellement, mais dans l’entre-rencontre de collègues concernés par la passe. Il est vrai qu’il s’agissait d’une époque particulière, celle des années juste après la dissolution dl’Ecole Freudienne de Paris, elle-même suivie  d’une dispersion, en 1983, des analystes en différents groupes qui existent aujourd’hui encore.

" En même temps" ce « lieu (X) » se définissait par la décision précise et ferme de ne pas  désigner les passeurs à partir du divan, que ce soit à côté ou au bord de ce dernier. 

Ainsi l’institution devenait-elle concernant la passe : une institution pour un analyste un soir, voire deux, mais pas plus, du fait de la réunion du jury et des passeurs.

Cette procédure n’avait pas de jury fixe de façon permanente d’une passe à une autre, chaque jury avait une durée aléatoire et nouvelle. Restait la question du cumul de l’expérience qui était peut-être le difficile de la mise en jeu de ce protocole, qui pourtant avait trouvé une solution au fil des ans. Inutile d’ajouter qu’aujourd’hui, après avoir eu une quinzaine de passes effectuées en son sein, si le « lieu  X » ne fonctionne plus, il reste ouvert à qui veut bien le reprendre ».

Dans son état des lieux de la psychanalyse en 1991 Serge Leclaire au chapitre intitulé l’extension de la psychanalyse ne parle ni du travail aux enfants malades, ni du Laboratoire.

La consultation psychanalytique :

 

En 1986 un colloque intitulé Un siècle de recherche freudienne se tient au centre Georges Pompidou, il est organisé par l’EFERS (expérience freudienne et recherche scientifique) et sa publication présentée par André Jarry et Jean-Michel Louka.

Une partie de ce colloque est intitulée « Expériences publiques de la psychanalyse » avec des interventions d’Erik Porge :

La présentation de malades : Charcot, Freud, Lacan, aujourd’hui, de Serge Leclaire : Psy_show : une expérience, des questions et présentée au nom d’un collectif : Anne Alouis, Alexandre Berlinsky, Jeanne Fournier, Françoise Petito, Jean Louis Sarradet, Liliane Zolty, une intervention intitulée : Paris 1986 : La consultation psychanalytique.

Cette consultation psychanalytique privée et payante était située au 14 rue Etienne Marcel :

 « Contrairement à une représentation répandue et tenace, la psychanalyse n’est pas réservée à ceux qui peuvent payer, mais elle prend en compte une autre économie, et le seul coût pour le sujet ; d’où il découle que le prix à payer est établi au cas par cas, prix qui marque déjà l’histoire de la rencontre avec un psychanalyste. »

Pour jean Louis Sarradet cette expérience qui dura environ quatre ans, laisse un sentiment d’échec devant la difficulté que ce  lieu eut à se faire connaître et donc à rencontrer son public, il dit que c’est une des raisons pour laquelle il s’est intéressé au projet de La Clepsydre dont il sera question plus loin.

Erik Porge continue sa présentation de malades à l’hôpital de Moiselles.

Les expériences de Leclaire ont tourné court, mais à la radio, après Ménie Grégoire, Françoise Dolto et quelques autres, Claude Halmos se risque à parler comme psychanalyste à un public très large.

 Autour des années 1996, plusieurs psychanalystes regroupés sous le nom de Groupe Bastille, éditent un bulletin :

Le Bastillard,  émanant des amis du Groupe Bastille.

En exergue cette citation de Lacan : « …à notre époque la psychanalyse est partout, les psychanalystes autre part ».

Ce groupe qui comprenait des analystes de cinq écoles différentes avait rendu possible un financement de plusieurs analyses et poursuivait une réflexion sur l’argent et la laïcité… ». L’association est constituée par un conseil de psychanalystes, organisé absolument sans hiérarchie, avec la fonction de surveiller l’éthique du travail, ses fondements théoriques et sa structure financière…Les membres sont des personnes qui s’engagent pour un certain temps à faire la donation d’une somme minimum d’une séance par semaine à l’Association. On n’a pas besoin d’être psychanalyste pour être donateur. Ce qui caractérise le membre c’est sa solidarité à l’égard du projet. » On trouve les noms de Christiane Bardet, Nicole Pépin, Jean-Michel Louka, Maria Escolastica de Rio de Janeiro, Claude Spielmann, Pierre Babin, Michèle Ducornet…

 

En 1999 dans le N°4 de Essaim, Jean Michel Louka dans son article «  Aller au-delà ; une expérience publique de la psychanalyse, l’hôpital général », fait part de son expérience de consultation dans divers lieux publics et de son projet de consultation psychanalytique hospitalière, projet qui n’a pas vu le jour en raison des résistances de la psychiatrie officielle, mais une consultation psychanalytique continue dans le service de rhumatologie et de l’unité pluridisciplinaire de la douleur à l’hôpital de la Pitié-Salpétrière et cela depuis 13 ans.

Dans un numéro des actualités sociales hebdomadaires un article documenté  de Caroline Hefter est consacré à ces lieux nouveaux où des « psychanalystes sont à l’écoute du malaise dans la cité ».

 

 Dans le 13° arrondissement, 169 bis boulevard Vincent Auriol et créé en 2004, Intervalle-Cap du week-end se définit comme un accueil psychanalytique, refuge contre le vide du week-end qui est pour beaucoup de personnes isolées, propice aux dérapages de toutes sortes dit Catherine Meut, psychiatre et psychanalyste, à l’origine de cette initiative. Cette consultation est hébergée par l’association de réinsertion et d’action sociale Aurore. L’équipe comprend 16 thérapeutes quasiment bénévoles dont deux sont présents chaque week-end. Orientation lacanienne.

 

On y cite le travail d’analystes dans différents lieux du social et exposé dans un ouvrage collectif, Six Pratiques sociales, inventer une clinique. 

Quelques années auparavant, un des auteurs, Martine Fourré a publié un livre sur Les lieux d’accueil, Espace social et psychanalyse où elle fait une étude critique des liens entre la psychanalyse et le social en reprenant les expériences de la psychanalyse, avec une préface de Rosine et Robert Lefort. 

 

 Le réseau pour la psychanalyse à l’hôpital, d’orientation lacanienne, créé en 1991 par Fernando De Amorim a ouvert une consultation publique de psychanalyse, consultations qui peuvent se dérouler au siège de l’association ou chez les psychanalystes participant au projet.

 

 La Clepsydre centre d’action socio-psychologique et de recherche, créée en 1989 autour de Valérie Osganian, se définit comme un lieu d’accueil et d’écoute thérapeutique pour des personnes exclues ou en risque d’exclusion sociale. Elle a des objectifs de formation et de recherche. Son positionnement lui permet de proposer des prises en charge sous la forme de consultations d’orientation psychanalytique.

 Cette orientation psychanalytique qui est annoncée dans les statuts ne l’est pas dans les informations destinées au tout public, l’appellation « socio-psychologique » étant préférée à celle de « psychanalytique » car « considéré comme plus neutre pour les publics, même si la quasi-totalité de ses intervenants sont des psychanalystes » nommés ici psychologues cliniciens ou ailleurs « cliniciens ». Une quinzaine de « cliniciens » y travaillent dont environ la moitié, les psychologues cliniciens, à titre salarié. Ils constituent un « collectif clinique » sur lequel repose l’orientation théorique et pratique de la Clepsydre.

La Clepsydre bénéficie de financements de l’état, des collectivités locales et de la caisse d’assurance maladie d’Ile de France. Elle est installée dans le 19° arrondissement, 33 rue Bouret, dans des locaux entièrement conçus pour elle par l’équipe et l’architecte, ce qui est quelque chose d’assez exceptionnel, l’installation dans des lieux existants étant plutôt la règle.

 Un autre lieu public de la psychanalyse  est le Centre psychanalytique de Consultation et Traitement (CPCT) rue Chabrol dans le 10° arrondissement de Paris, ouvert par l’Ecole de la Cause freudienne en 2003.

Une soixantaine de thérapeutes y travaillent bénévolement, de langues différentes (français, espagnol, anglais, italien, grec, arabe).

Les patients sont reçus à titre gratuit. Ils ont pour la plupart de plus ou moins grandes difficultés d’insertion, des sujets qui pour beaucoup, se disent malmenés par l’exigence de notre monde contemporain.

La spécificité des problématiques rencontrées a abouti à la création de trois unités spécialisées, le CPCT Ado (février 2005), L’Unité enfants (juin 2005), le CPCT précarité (octobre 2005). 

Leur financement est en partie public, en partie privé.

Des CPCT se sont également ouverts en province, Marseille, Bordeaux…

Les CPCT crées par l’école de La Cause Freudienne se trouvent dans une certaine proximité avec le projet des premiers instituts de psychanalyse. Ils s’en distinguent pourtant tout à fait car il ne s’agit pas d’y pratiquer des psychanalyses, il s’agit d’une nouvelle forme d’application de la psychanalyse, en un temps bref (16 séances), gratuite pour le bénéficiaire et bénévole pour l’intervenant : il ne s’agit pas de se mettre en position d’analyste, au sens du sujet supposé savoir qui introduirait ou cultiverait l’inconscient transférentiel.

 Le succès rencontré dans le social a amené au fur et à mesure à la création d’unités : unité précarité, unité dépression, unité « les causeuses » pour les femmes battues, idée de créer une unité obésité…

Dans la période de ces journées d’école (octobre, novembre 2008) un débat très vif eu lieu au sein de l’Ecole de La Cause freudienne sur la question des CPCT accusés par Jacques Alain Miller « d’aspirer la libido du champ freudien, de ses étudiants, de sa jeunesse, de ses AE, de ses ex-AE, des membres de l’école » en raison de leur succès et de leur croissance.

Les problèmes évoqués rejoignent ce qui était déjà présent au tout début de la psychanalyse, la question des subventions et celle de la psychanalyse appliquée.

Freud à propos du financement avait été clair avec Férenczi « nous avons besoin de notre indépendance tous azimuts » et avec l’idée d’ajouter du plomb à l’or pur de l’analyse, la psychanalyse pure, il avait ouvert une voie à la psychanalyse appliquée.

Cet emballement des CPCT en raison même de leur succès a amené à « réduire la voilure » pour repositionner la psychanalyse et revenir à l’idée de départ d’un petit laboratoire expérimental et non de faire une école parallèle.

Ce débat souligne des points importants sur le rapport entre les institutions de la psychanalyse et la psychanalyse.

A côté des CPCT des analystes de l’ECF font connaître des lieux qu’ils ont ouverts : 

-« Rencontres Psychanalytiques » centre de consultations associatif installé dans un appartement HLM de la ville de l’Ile-Saint Denis.

-« Souffrances au travail », sur Paris et région parisienne, sans local, chacun recevant dans son cabinet.

-« Aréa » à Dijon pour recevoir en entretiens à orientation psychanalytique des adolescents, 

des jeunes adultes, leurs parents ou responsables, sans paiement demandé.

Notons à partir de ce sigle, qu’en 1952 il y eu la création de CCTP par la Société Psychanalytique de Paris (CPCT/CCTP).

Rappelons également que l’organe d’enseignement de la Société psychanalytique de Paris, l’Institut de Psychanalyse a créé en 1953 le Centre de Consultation Jean Favereau, 187 rue Saint Jacques, afin que des traitements psychanalytiques puissent être dispensés aux patients ne pouvant en assumer le coût. Il est depuis 1958 lié par convention à la DASS.

 Pour terminer ce parcours qui ne se veut en rien exhaustif mais qui témoigne de cette fureur analytique, de ce désir d’analystes préoccupés du lien social, je souhaite mentionner le travail de l’association Thélémythe où travaillent de nombreux analystes avec des adolescents et jeunes adultes. Elle a pour vocation de répondre aux situations critiques d’adolescents, par une prise en charge spécifique et plurielle. Son ambition est de leur permettre, hors de toute dimension normative et idéologique, d’accéder à une inscription citoyenne.

Le dispositif, original, consiste en la mise en œuvre d’un binôme, le parrainage référent administratif-référent thérapeutique.

Une émanation de Thélémythe, En-Temps s’occupe d’adolescents pour lesquels une telle mise en œuvre n’est pas possible, des jeunes très marginalisés pour lesquels la violence est familière, l’attaque du cadre permanente, le travail  difficile, toujours à la limite. Des histoires d’errance peinant à sortir de l’acting pour s’élaborer. La fonction pacificatrice de la psychanalyse y est durement mise à l’épreuve devant la force des pulsions destructrices, comme en témoigne Roland Lethier.

 Ce parcours a fait volontairement l’impasse du travail psychanalytique dans les secteurs de psychiatrie et qui demanderait une étude à part, il a essayé de pointer un mouvement des psychanalystes hors ou à côté des institutions en place et tentant de se définir à partir de l’expérience psychanalytique.

Il a également essayé de mettre en avant la notion de lieu.

Il est évident que de nombreux lieux ont été oubliés et ce pourrait être un intérêt de ce texte qu’il amène à un recensement plus large.  

Article original et bibliographie paru dans le numéro 18/19 des "Cahiers pour une école", de l'association La lettre lacanienne,

une école de la psychanalyse, Paris, avril 2009,p.19-35

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