La spécificité de la psychanalyse                                 Jean-Michel LOUKA

 

 

 

Psychanalyse et médecine

 

 Freud l’avait bien précisé, il y avait insisté… La psychanalyse n’est pas de la médecine. La psychanalyse est une discipline autonome qui n’appartient pas au champ médical. Elle doit rester indépendante de la médecine. Cela n’empêche en rien le psychanalyste d’avoir quelques connaissances de bases, voire plus, en médecine. La médecine est un savoir et une compétence. Le psychanalyste peut acquérir ce savoir, ne serait-ce que partiellement. En aucun cas il ne doit se croire compétent. Lorsque le psychanalyste est médecin, il doit savoir choisir entre la médecine et la psychanalyse. Ne pas jouer sur les deux tableaux,...  Au risque d’être trop médecin, ou pas assez psychanalyste. Trop psychanalyste et pas assez médecin.

 

 

Psychanalyse et psychiatrie

 

 Sigmund Freud n’était pas psychiatre. Il était médecin, chercheur en neurologie,... Avant que d’inventer la psychanalyse à partir du dire des hystériques et de ses propres rêves racontés dans son transfert à Wilhelm Fliess (1858-1928). Il invente la psychanalyse à partir des névroses. Il ambitionna, pourtant, que la psychanalyse devienne la nouvelle « psychiatrie », qu’elle l’englobe et la remplace. De même pour la psychologie.

 

 Jacques Lacan était psychiatre, pur psychiatre du cadre des hôpitaux psychiatriques. Sa thèse de 1932 fût une thèse de psychiatrie. Il entre dans la psychanalyse par le biais de la psychiatrie et l’étude de la folie (des psychoses).

 

 Pourtant, l’un comme l’autre, et d’autres encore parmi les pionniers, ont toujours insisté pour dire que la psychanalyse et la psychiatrie formaient des champs différents du savoir sur la psyché, mais que, surtout, leurs pratiques différaient, voire s’opposaient sur bien des points. En effet, les abords psychiatrique et psychanalytique de la névrose, de la psychose et de la perversion divergent.

 

 C’est plus clair, aujourd’hui encore, où la psychiatrie est retournée dans le giron de la médecine et que le psychiatre, le médecin psychiatre, pratiquera son art, essentiellement référé aux sciences biomédicales et psychopharmacologiques.

 

 

Psychanalyse et psychologie (dite clinique)

 

 La psychologie, il faudrait dire les psychologies, représente un champ du savoir extrêmement étendu, pratiquement sans limites, au point, parfois, d’englober tout action, toute influence d’un sujet sur un autre, voire sur plusieurs autres. La psychologie, c’est l’étude de la relation humaine en tant que telle. La psychologie est devenue une discipline universitaire très encadrée par les pouvoirs publics.

A ce titre la psychanalyse pourrait représenter l’une des nombreuses branches du tronc commun psychologique. Il n’en est rien, parce que dès sa naissance freudienne la psychanalyse a rompu avec la psychologie, comme elle l’a fait avec la psychiatrie, ou encore les psychothérapies.

 

La psychanalyse se revendique être une discipline non médicale, mais également non psychologique. Elle est une discipline à part dans le monde « psy ». Et elle défend farouchement sa spécificité que d’aucuns voudraient voir réduite à quelque chose d’autre qu’elle-même. Etre assimilée, à nouveau, au champ de la médecine via la psychiatrie, ou être incluse dans le champ de la psychologie dynamique, clinique, à l’Université.

 

Il n’y a pas de diplôme de psychanalyste comme il y a un diplôme de médecin, de psychiatre ou de psychologue. Un public, parfois mal intentionné, qui subit des pressions de toutes sortes visant à éliminer la psychanalyse, y voit là une faiblesse et des praticiens auxquels on ne peut faire confiance puisqu’ils ne seraient pas contrôlés par l’Etat. Comme si l’Etat était, en ce domaine, une référence et une garantie de quoi que ce soit.

 

 

Psychanalyse et psychothérapie(s)

 

 Il existe, en France et de par le Monde, actuellement, plus de cinq-cents techniques de psychothérapies. Chaque mois, il s’en crée de nouvelles, dérivées, pour la plupart, des techniques déjà existantes. Elles sont toutes issues de la méthode et des techniques psychanalytiques. Soit pour les réfuter, soit pour les édulcorer, les copier, les détourner ou les singer, et même sans dire leur provenance. Le plus souvent elles n’inventent rien, mais remettent au goût du jour des techniques ancestrales dépassées et puisées un peu partout, mais pas toujours aux meilleures sources. Elles sont profondément lestées par des ambitions qu’il faut bien dire purement commerciales.

 

 Depuis ses débuts, la psychanalyse se bat constamment pour ne pas être englobée, noyée, absorbée et anéantie dans ces innombrables techniques « psy ». La psychanalyse revendique à chaque instant être une discipline à part, qui a sa propre théorie du psychisme et ne se réduit pas à sa ou ses techniques comme la plupart des psychothérapies. Elle a construit une théorie originale du sujet qui la distingue de toutes les autres disciplines du champ « psy » : psychiatrie, psychologie, psychothérapie.

 La psychanalyse n’est donc pas plus de la psychothérapie qu’elle n’est de la médecine, de la psychiatrie ou de la psychologie. La psychanalyse ne ressortit que d’elle-même.