Comment l’analyste peut-il engager sa présence?                      Jean-Michel LOUKA

                                                                                                                                           26/05/2020

 Il est ici dans une position paradoxale : d’une part en effet, il “ ne fait pas semblant ” (Lacan), il “ ne supporte pas le semblant ”(Lacan) et à cet égard, “ ni l’air ni la chanson du semblant ne lui conviennent”(Lacan) : l’analyste n’a pas à prendre un ton inspiré ni à se pousser du col, comme le formulait la mise en garde de Lacan aux jeunes analystes.

 Mais d’autre part, l’analyste occupe pour un analysant une place de semblant d’objet a, d’objet-cause de désir.

Comment entendre cette proposition de Lacan? Cette place de semblant d’objet a, il faut l’entendre ici, à rebours de toute intersubjectivité, plutôt comme “ place de personne ”. Aussi bien, comme le nom de “ personne ” l’indique aussi, est-ce une “ place de rang à tenir »..

Car c’est la place d’où l’analysant tire sa jouissance de parole. Et c’est parce que l’analyste s’y prête que l’analysant continue à parler. Mais c’est aussi à partir de cette position occupée que l’analyste peut espérer retirer de l’analysant des énonciations qui mèneront celui-ci jusqu’à un bord, le bord extrême de sa jouissance ignorée. C’est alors de ce bord - parfois à la limite du supportable - que l’analysant en fin d’analyse saura trouver le chemin de rebroussement vers son désir et saura aussi ce qui, de sa jouissance, reste à sa charge.

Là est l’enjeu du désir du psychanalyste. C’est pourquoi Lacan l’a parfois comparé à un “ saint ”, celui qui fait “ le déchet ”.

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