L’ESSENTIEL                                                                                                                                 Jean-Michel LOUKA

(à partir de la Charte de 1993, filtrée, épurée, paraphrasée, avec des ajouts, des choix,

des omissions volontaires, des réécritures, etc.)

 De 1989 à 1993, Serge Leclaire (et Al.), travaillèrent à rédiger un projet de Charte pour les psychanalystes français, charte destinée à les protéger des Autorités publiques toujours prestes à essayer de leur imposer leur ordre administratif, lequel ferait, par cet exercice du pouvoir,

la fermeture.

 Les protéger en disant, en énonçant, ce qui fait autorité pour tous les psychanalystes, plutôt que d’attendre passivement que d’autres, extérieurs et, bien entendu, comme toujours, bien intentionnés, ne leur impose leur propre autorité.

Qu’est-ce qu’on peut y lire ? Qu’est-ce qui fait autorité pour tous les psychanalystes… ? L’ouverture.

 

 Maintenir ouverte la pratique du psychanalyste. Le seul pouvoir que se reconnaît le psychanalyste.

 Ce qui fait autorité,… c’est la méthode inaugurée et promue par Sigmund Freud. La méthode freudienne ! La méthode psychanalytique. Dites tout ce qui vous passe par la tête (Freud), tout ce qui vous tombe dans le boule (Lacan)), la libre parole, laissez-la faire son chemin, elle, elle sait où elle va, si vous ne la filtrez pas, ne l’empêchez pas de se dire; de s’énoncer. Faites alors régner l’énonciation (du Sujet), pas l’énoncé (du Moi).

 Consécutivement à cette méthode, se sont alors élaborés des principes fondamentaux de la pratique psychanalytique.

 Voici le noyau commun à tous les psychanalystes, noyau commun sur lequel il convient, encore aujourd’hui, à nouveau aujourd’hui, de ne pas céder.

 Les psychanalystes se doivent aussi de soutenir une interrogation permanente sur la pratique psychanalytique et sur les modalités de la formation.

 Il faut maintenir la pratique freudienne dans sa radicalité, est-il encore ajouté, car là est tout l’enjeu de cette interrogation permanente.

 La pratique de la psychanalyse consiste en une écoute qui vise à la reconnaissance des déterminations inconscientes régissant les choix, les conduites aussi bien que les modes de penser d’un sujet.

 Lapsus, actes manqués, rêves, symptômes témoignent de ce qui a été refoulé. Délires et autres symptômes traduisent le rejet de la réalité. Autant de manifestations de l’inconscient défini par Freud dans les névroses, les psychoses et les perversions.

 Le sujet y est assujetti dans des mises en scène où il ne se reconnaît pas.

 La psychanalyse est une déliaison des éléments qui maintiennent le sujet dans une conformité, celle précisément de son assujettissement.

 La vie psychique a constamment affaire à son caractère conflictuel. On le constate de façon manifeste quand, c’est la situation psychanalytique qui l’exige, de ne mettre aucune limite à la parole, le sujet se heurte aux forces conservatrices, dites de résistances, sans cesse à l’oeuvre chez le sujet comme dans son entourage. Ce qui ne peut être remémoré tend à se répéter et s’actualise dans le transfert en en permettant l’interprétation.

 Le transfert, est un élément primordial, fondamental de la cure. C’est le rapport qui s’instaure en le psychanalysant et le psychanalyste. Le psychanalysant met en acte des positions subjectives anciennes, car le transfert est la mise en acte de la réalité de l’inconscient (Lacan). Son maniement est spécifique à la psychanalyse, et il s’analyse, ce qui le différencie des psychothérapies. Le lien engendré est d’autant plus fort que la tension exercée reste en défaut de réponse et en suspens de satisfaction ou de toute espèce d’achèvement. Le principe éthique est qu’une telle relation ne soit sous aucun prétexte utilisée à des fins autres que la psychanalyse.

 L’interprétation est l’un des actes essentiels de la pratique psychanalytique. Cet acte du psychanalyste transforme la tension issue du transfert. Elle implique que le psychanalyste reconnaisse et accepte la place que le psychanalysant lui assigne, sans s’y laisser assigner.

 La psychanalyse est un travail de liaison/déliaison, ce qui rend possible pour le sujet de nouveaux agencements pulsionnels, imaginaires et langagiers, à travers lesquels le psychanalysant se découvre une capacité de penser et vivre autrement.

 Le cadre est l’ensemble des conditions de temps (la séance), de lieu (cabinet, divan-fauteuil) et d’argent (qui rétribue le savoir, le travail et le temps du psychanalyste, mais plus encore l’acte de paiement est à considérer dans sa fonction symbolique et symbolisante, autrement dit dans son rapport à la condition subjective : acte de séparation, reconnaissance de la dette et de la loi, nécessaires au déroulement de la cure.

 Le psychanalyste doit respecter la temporalité du sujet en psychanalyse, pour lui permettre son élaboration psychique. Il respecte aussi la règle du non-agir pour inciter à parler au lieu de faire.

 Ce qui est visée, c’est la vérité singulière du sujet, soit un désir toujours autre, que celui du psychanalyste ou de tout autre et celui-ci, son désir, est à reconnaître comme foncièrement autre précisément. Le sujet s’engage dans sa cure avec son symptôme et sa souffrance. Le travail psychanalytique modifie le rapport corporel et psychique du sujet aux manifestations de l’inconscient. C’est sur ce point de la mise en jeu du rapport au corps dans sa dimension subjective et inconsciente, que se distingue radicalement la cure de toute autre forme d’aide ou de soin, et donne ainsi une signification spécifique à la notion de guérison.

 Formation et Transmission, une seule et même question, une seule et même réponse.

 Pour ce faire, pour viser ce but, le futur psychanalyste doit d’abord lui-même, exigence freudienne, faire l’expérience de sa propre cure, le savoir universitaire (médical, psychiatrique, psychologique, des sciences humaines), même et surtout spécialisé, n’y suffisant pas.

Longue cure qui doit être poussée jusqu’à sa fin, et nous pas être interrompue en y mettant unilatéralement un terme, toujours prématuré.

 Car l’essentiel de la théorisation de Freud, - qui n’est nullement une conception nouvelle du monde, pas plus qu’une philosophie ou une idéologie, ou encore une religion -, réside dans le repérage des mécanismes psychiques qui permettent à chaque sujet, dans la situation psychanalytique, de découvrir comment s’est construit son propre monde, le pourquoi, en somme, pour lui, c’est « comme ça ».

 Dire ce qui fonde la pratique inventée par Freud, c’est reconnaître et prendre en considération les processus inconscients et le caractère dynamique de l’inconscient, la résistance et le refoulement, le complexe d’OEdipe comme enjeu identificatoire, la sexualité infantile et l’étiologie sexuelle des névroses, des psychoses et des perversions.

 La tranmission des principes fondamentaux ne relève pas d’un discours sur la psychanalyse, ni sur la méthode qui la rend possible. C’est leur mise à l’épreuve au cours de la psychanalyse du futur psychanalyste et de l’intime connaissance ainsi acquise que va dépendre la capacité du praticien à tenir sa place et sa fonction. C’est à ce prix qu’il ne s'agira pas de l’application d’un savoir, d’un corpus de connaissances universitaires déjà constitué comme dans les autres sciences ou disciplines connexes. Ainsi chaque psychanalyste se devra de réinventer la psychanalyse, - intransmissible, disait Lacan -, mais donc, « ré-inventable », précisa-t-il, par nécessité, à chaque psychanalyse, par et pour chaque psychanalyste, chaque psychanalysant.

 Ainsi, et pour conclure, la formation du psychanalyste et la transmission de la psychanalyse sont deux questions conjointes. Pas l’une sans l’autre. Il s’agit, en fait, d’une seule et même question. Et voici la réponse : - C’est l’expérience elle-même, en tant qu’elle conduit au surgissement du sujet, qui est précisément à transmettre.